LA TRAVERSE DE L'ARABIE EN BICYCLETTE

Show dans le velodrome - Traversee de l'Arabie Saoudite - La course la plus difficile de l'Histoire

Le cyclisme ne se résumait pas seulement, en 1912, aux courses ex­ténuantes ou aux promenades de dé­tente. Dans une Europe heureuse et pas encore traumatisée par la Première Guerre mondiale, la bicyclette pouvait aussi être le compagnon des gran­des aventures, comme celle que relata la revue Journal des Voyages dans son édition du mois de mars. « Le lieutenant E. Noël a couvert, en solitaire et avec une rapidité dé­concertante, la traversée de l'Arabie en bicyclette, de la Méditerranée jusqu'au golfe Persique. Ce ne fut pas le résultat d'un pari, comme on pourrait le supposer, car le jeune officier réalisa son dangereux exploit pressé par la nécessité. Après une permission de plusieurs mois en Angleterre, il devait re­joindre son régiment en Inde, mais au dernier moment il se retrouva sans argent à l'heure de prendre le paquebot à la date fixée. Désinvolte et décidé, il ne douta pas un instant. Il devait arriver en Inde par n'importe quel moyen qui se présentait à lui. C'est alors que, après avoir étudié le trajet qu'il devait par­ courir, lui vint l'idée de traverser l'Arabie en bicy­clette. Excellent routier, il ne douta pas pouvoir effectuer rapidement ce trajet. A vingt-sept ans, rien n'est impossible. Le lieutenant Noël devait arriver à destination le 25 novembre. Le premier octobre, il quitta Londres en pédalant à toute vitesse, muni d'un passe­port en règle, d'un revolver et,d'un sac conte­nant le minimum d'objets nécessaires pour un si long voyage. C'est ainsi qu'il arriva rapidement à Douvres puis en France. Trois jours après son départ il par­vint en Sicile et atteignit Catane monté sur sa bicy­clette.  De Catane à Izmir, il fit un voyage un peu accidenté à bord d'un vapeur ita­lien. Nombreuses furent les occasions où l'officier dut défendre son sac contre les assauts de deux Grecs trop audacieux. Les menus de ce voyage furent eux aussi particuliers, si sommaires qu'ils consistaient à peine en deux biscuits secs que les voyageurs rendaient comestibles en les trempant dans l'eau (...). Ayant changé de bateau à Izmir, l'officier arriva à Alexandrie, d'où il se proposait de partir pour sa traversée de l'Arabie. Le consul anglais lui conseilla vivement d'engager, au moins, un zaptich (policier local) comme compagnon de route, mais notre cycliste n'avait pas les moyens de se payer un tel luxe. Ainsi, sans perdre un instant, il se lança sur la route qui menait à Bagdad. Le soleil brûlait et la route pierreuse était recouverte d'une épaisse cou­che de poussière. Plus loin, quand le lieutenant eut passé le lac d'Antioche, celle-ci devint presque impraticable. Le cycliste, qui s'y attendait, ne recula pas pour si peu et, laissant le chemin, il commença à rouler à travers champs. L.:après-midi du premier jour, le vent qui soufflait dans son dos lui permit de rouler à plus de 20 ki­lomètres à l'heure. Cette nuit-là, il dormit à découvert, à la lumière des étoiles, enroulé dans sa couverture de voyage, après un dîner très frugal. Le matin suivant, très tôt, il arriva à Alep, enchanté d'avoir roulé si vite, mais le consul britannique calma aussitôt son enthousiasme. « je continuerai mon chemin, dit simplement le lieutenant Noël, car je ne peux pas faire autre­ment." Si vous vous obstinez à continuer sans escorte sur une route si peu sû e, je ne réponds pas de vo­tre sécurité. Chaque jour on nous informe d'attaques de bandits" A la sortie d'Alep, les chemins se croisaient de telle manière que le plus facile était de se perdre. L.:officier résolut alors de s'orienter avec la boussole, une méthode qui donna d'excellents résultats. Raconter minutieusement tous les détails se­rait fastidieux. Disons que le cycliste avança ra­pidement, rencontrant de temps en temps une petite caravane, semant l'étonnement, quand ce n'était pas la terreur, sur son passage. En arri­vant un soir à un campement de noma­des sur les bords de l'Euphrate, il produisit un tel effet avec son" merveilleux animal" que les Arabes se proster­nèrent en criant très fort: " Mashaa Allah,Mashaa Allah! " A peine pouvaient-ils croire qu'il était venu depuis Alep en si peu de temps, quand les caravanes mettaient trois jours à faire le même trajet. Poursuivi et attaqué le jour suivant par un cavalier, Noël eut la chance de le distancer, car le terrain était, par hasard, favorable à cela mais la mauvaise rencontre le rendit plus prudent. Dans le petit village de Deir-el­4or, on lui dit qu'un peu plus loin la route était infestée de brigands. Entouré d'une foule hostile dans un autre hameau, il en vit de toutes les couleurs pour défendre sa bicyclette contre l'animosité populaire. L:un lui fouilla le sac et un autre lui prit son chapeau. On lui fit même vider ses poches. Pour finir, le chef du village put calmer cette effervescence et no­tre cycliste parvint à s'échapper sans grands dommages. Mais un peu plus tard réapparut la troupe à cheval. Échaudé pa Xexpérience, l'officier tenta d'éloigner ceux qui le persécutaient. Ce ne fut pas chose facile. Il eut rapidement derrière lui une horde de fanatiques prêts à lui jouer un mauvais tour s'il s'arrêtait.  L’un d'eux le suivait de très près. Mais le lieutenant Noël savait. boxer. D'un svving du droit bien placé il envoya l'Arabe mordre la poussière. Les autres, déconcertés, s'arrêtèrent. Vint ensuite une lon ue série de crevaisons, dans une région où le sol était recouvert de grandes épine,p" Pendant qu'il réparait, des natifs de l'en­droit lui demandèrent ce que mangeait son U cheval de fer.  Ayant rencontré le qy trième jour un voyageur qui venait de Bagdad, il apprit que le bateau sur lequel il voulait s'embarquer partait le lundi ma­tin. Cela lui laissait quatre jours de délai. Il résolut alors de voyager jour et nuit pour arriver à temps. Après Arrah, il eut la chance de pouvoir réaliser la partie la plus dangereuse de son chemin en compagnie d'un voyageur anglais qu'escortaient cinq soldats. Il put de cette façon éviter de nombreu­ses attaques. Il arriva ainsi à Hit, la U bouche de l'Enfer u, puis à Rama­dieh. Ses vêtements avaient un aspect si lamentable qu'il dut acheter dans un bazar un burnous et un turban. Il poursuivit son voyage habillé en Arabe, et se présenta un dimanche soir dans la maison du consul anglais de Bag­dad, ayant terminé son voyage dans les temps prévus.Quelques jours plus tard. quand le lieut ,nant Noël rejoi nit son unité à Bombay, il eut du mal à cpnvaincre ses "camarades que c.e voyage en bicyclette n'était pas une pure invention».




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