TOUR D'ARGENTINE

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Entre le 25 novembre et le 13 décembre 1952, l'épicentre du cyclisme mondial se vit déplacé vers des endroits traditionnellement éloignés de la sphère cycliste: les lointaines et immenses étendues de la pampa argentine, Au centre de la nouvelle Argentine naquit le premier tour cycliste, le Grand Prix Eva Per6n, une course de 2 800 kilomètres de long, divisée en quatorze étapes dans lesquelles s'intercalaient cinq jours de repos. Le peloton de cette course se composait de 75 cyclistes répartis en 14 équipes (l'Allemagne, l'Argentine, la Belgique, la France, l'Italie, la Suisse-Luxembourg, le Chili, l'Amérique latine; il y avait même un,e équipe internationale). et parmi lesquels on comptait 25 coureurs du Vieux Continent. Ces derniers furent les plus mal lotis, non seulement en raison du climat rigoureux et des dates de la course (trop tard pour le calendrier européen), mais aussi pour le très long déplacement que cela supposait pour eux: quinze jours de bateau, pendant lesquels, pour garder la forme, ils se soumirent à de longues séances d'entraînement sur home-trainer. Dans les grandes figures de ce Tour d'Argentine se trouvaient, entre autres, les Belges Van Steenbergen et Stan Ockers, l'Italien Antonio Bevilacqua, le Français Louis Caput et l'Allemand Heinz Müller, champion du monde en titre. Le départ théâtral de la première étape de ce Toul' d'Argentine, entre Buenos Aires et Pergamino, de 227 kilomètres, fut donné par le général Per6n, président de la République, à 9 heures et demie du matin le 25 novembre. C'est à l'Argentin Nuncio Ramundo que revint l'honneur anecdotique de subir la première crevaison de la course. Celle-ci s'anima vite avec l'échappée de quatre coureurs: Crispin, Rosato, Vallmitjana et Van Steenbergen, qui se disputè La deuxième étape, Pergamino-Venado Tuerto, se passa sous une telle chaleur moite que l'Italien Adolfo Grosso décida d'interrompre son échappée pour prendre une douche, perdant ainsi un temps précieux qui permit au peloton de le rattraper. Le directeur sportif de Grosso, Giuseppe Graglia, le réprimanda de telle façon que le coureur se lança dans une nouvelle échappée à 30 kilomètres de l'arrivée, qu'il passa cette fois en vainqueur. Stan Ockers remporta la troisième étape, arrivant à Rio Cuarto, et l'équipe italienne (avec Grosso, Logli et Conte) s'imposa sur le long contre la montre par équipes entre Rio Cuarto et Mercedes. Asphyxié par la chaleur des jours précédents, le peloton au complet décida de respirer un peu et de rouler à un rythme de croisière sur les 218 kilomètres de la cinquième étape, entre Mercedes et La Paz. À 5 kilomètres de l'arrivée, le rythme s'accéléra grâce à une petite échappée qui se finit par un sprint et la victoire du Hollandais Faanhof. L'état des routes (proches de celles d'un cyclo-cross) et la chaleur tropicale furent les traits distinctifs de l'étape entre La Paz et Mendoza, qui vit l'abandon pour insolation de Heinz Müller et la victoire d'étape méritée de l'Argentin Saul Crispin, qui fit une échappée de 60 kilomètres. Après une journée de repos à Mendoza, les 63 survivants de l'épreuve prirent le départ de la septième étape, Mendoza-San Luis. Ce fut une journée très agitée, pendant laquelle Sevillano perdit sa troisième place au classement général en raison d'une chute et Van Steenbergen fut sur le point de céder sa première place en raison d'une crevaison qui l'obligea à prendre en chasse le peloton des favoris; il les rejoignit mais ne put lutter pour la victoire d'étape, qui revint au Français Coste. « Massacrante» fut le qualificatif que la presse locale utilisa pour définir la huitième étape de 240 kilomètres entre San Luis et Villa Dolores. Lors de cette journée, les 115 premiers kilomètres furent montagneux, et les 125 qui suivirent, un vrai désert. Les chemins semblaient être ceux que l'on destine généralement aux épreuves de cyclo-cross. Malgré tout, Van Steenbergen parvint à ajouter une nouvelle victoire à son palmarès, la veille de la grande étape montagneuse de ce Tour d'Argentine. Cette journée était celle de l'étape joignant Villa Dolores àCôrdoba, une étape connue sous le nom d' {( etapa de las 2 000 curvas » en raison des 2 000 virages qui en font toute la difficulté sur le col du Condor, de 37 kilomètres de long, à une altitude de 2 200 mètres. Les cyclistes argentins profitèrent de l'occasion pour briller; mais ils ne purent empêcher le Français Charles Caste, qui n'était pourtant pas un vrai grimpeur, de passer le sommet en tête et d'enchaîner sur une échappée de 160 kilomètres couronnée par une victoire d'étape. Les cinq journées qui restaient jusqu'à la conclusion de l'épreuve ne virent aucune modification dans le classement général. Faanhof remporta l'étape à San Francisco, Grosso à Santa Fe, et Van Steenbergen triompha à Rosario et Chacabuco. La course atteignit son apogée à la quatorzième étape, Chacabuco-Buenos Aires, laquelle ressembla à une sorte de kermesse, marquée par la chute au sol spectaculaire d'une dizaine d'hommes; le plus touché fut Faanhof, qui souffrit d'un traumatisme crânien. L:arrivée, qui se joua à nouveau au sprint, intronisa cette fois Nedo Logli, devant Fombellida et Grosso. Ainsi se termina le Tour d'Argentine, dont le classement général fut remporté par Rik Van Steenbergen, placé devant son compatriote Stan Ockers et le surprenant cycliste argentin Miguel Sevillano. De façon incroyable, après cette première édition s'ouvrit une longue parenthèse, qui ne se referma qu'en 1999, date de la seconde édition, après-guerre, de la course. Elle vit le triomphe du Suédois Martin Rittsel, suivi du Polonais Zbignievv Pi atek et de l'Argentin MartÎn Garrido.




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