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KEN JOY ET LE GRAND PRIX DES NATIONS Archambaud triomphant malgré sa chute - Leon Le Calvez au centre d'une polemique - Ken Joy Nous sommes en 1953. Le cyclisme continental est dominé par les Robic, Coppi, Van Steenbergen, Geminiani et Bobet, auxquels vient inopinément de se joindre un jeune garçon de dix-neuf ans, Jacques Anquetil. Celui ci va remporter de manière surprenante le Grand Prix des Nations cette annéelà, une course à laquelle participent aussi deux autres cyclistes que l'on n'attendait pas, les Britanniques Bob Maitland et Ken Joy. Il faut souligner que, depuis longtemps, les contre la montre étaient très populaires au Royaume-Uni. Dès 1891 furent organisées des épreuves de 50 miles (80 kilomètres) et de 100 miles, ainsi que de's courses de 12 et de 24 heures. Comme la National Cyclist Union (la fédération britannique) interdit en 1896 les courses sur route, de grandes rencontres comme le North Road 24 Hour se disputèrent dès lors sur piste, du moins pendant quelques années. À la fin du siècle, un ancien cycliste devenu chronométreur, F. T. Bidlake, eut l'idée d'organiser des épreuves contre la montre sur route. Celles-ci se tenaient aux premières heures du jour et les paçticipants s'habillaient avec des parftalons et des maillots noirs. Vers 1903, alors qu'en France naissait le Tour, en Angleterre se disputaient des courses contre la montre secrètes, dont les chroniques succinctes paraissaient plus tard dans l'hebdomadaire 'Cycling. En 1936, l'ancien coureur Bill Mills lança un nouvel hebdomadaire, The Bicycle, qui prit en charge l'organisation de courses en ligne sur circuits fermés. En conséquence de tout cela, la fédération dissidente, la British League of Racing Cyclist, ressuscita les courses sur route, à condition que les cyclistes suivissent scrupuleusement le Code de la Route, en roulant à gauche et en s'arrêtant aux feux. Après la guerre, le cyclisme britannique se tourna vers le continent, même si les courses chronométrées restaient ses épreuves de prédilection, et donc les plus nombreuses: presque 15 000 cyclistes participaient aux épreuves de club et aux open les dimanches matins. Au cœur de cette effervescence se posait la question de savoir ce que pourrait faire un cycliste britannique dans les grands contre la montre qui se célébraient sur le continent. C'est alors que surgit la figure de Ken Joy. Joy avait été le meilleur cycliste britannique ({ sans entraîneurs» entre 1.949 et 1 952. Ensuite, au début de l'année 1 953, il était passé professionnel avec la société de bicyclettes anglaise Hercules, alors grande rivale en Angleterre d'autres firmes de pointe comme Raleigh et BSA. Toutes trois patronnaient des équipes qui s'affrontaient lors de. courses contrôlées par la Road Records Association, comme la course Édimbourg-Londres, le Londres-BrightonLondres, ou le fameux Land's EndJohn O'Groats, de 1 375 kilomètres. Après avoir battu sept records 1 sur diverses épreuves lors de sa première année comme sportif de haut niveau, Joy commença à être poussé par son entourage pour participer au Grand Prix des Nations. II-pouvait se targuer de bonnes référer1ces, sa distance préférée dans les contre la montre étant notamment de 100 miles, c'est-à-dire de 160 kilomètres, autrement dit 20 kilomètres de plus que la distance parcourue au Grand Prix des Nations. Son chronomètre sur les 100 miles, discipline où il était recordman britannique, était de 3 heures 45 minutes et 12 secondes. Cela équivalait à une moyenne véritablement extraordinaire de 42,800 km/ho Il convient néanmoins de préciser que celle-ci fut atteinte dans des circonstances particulières, car, contrairement à ce qui se passait habituellement sur le sol britannique, où les épreuves chronométrées suivaient une formule stricte et se déroulaient sur un parcours « aller-retour », c'est à-dire avec un vent de face à l'aller et, p'6ur compenser, dans le dos au retour, ou l'inverse, cette fois les règles changèrent. Pour commencer, ce fut Ken Joy, candidat au record de la Road Records Association, qui non seulement choisit l'itinéraire, en sens unique, mais qui décida aussi de disputer l'épreuve un jour où le favo risaient les circonstances météorologiques Pour décrocher le record des 100 miles de la RRA., Joy choisit une section droite de la nationale A 11, Londres-Norwich, qui traverse l'une des régions les plus plates de toute l'Angleterre, East Anglia. Il attendit ensuite l'aide d'un bon vent de sud-ouest pour atteindre ces fantastiques 42,800 km/ho Or il est évident que la presse française de l'époque ne connaissait pas les paramètres des circonstances de ce record. C'est pourquoi on put voir des titres tels que: Ken Joy, J'homme à battre dimanche prochain. Sur 160 kilomètres il a roulé 3 km/h plus vite que le recordman des Nations, Hugo Koblet ! Quatre jours avant la date prévue pour le départ du Grand Prix des Nations, le 27 septembre 1953, Ken Joy se rendit en France accompagné d'une grosse équipe d'accompagnateurs: des dirigeants de la firme Hercules, des soigneurs, des photographes, des journalistes, etc. LUn d'eux revint un jour de promenade avec de curieuses nouvelles. Pendant le repas, toute l'équipe assise à table, il dit: « - Sur la route nous avons rencontré Francis Pélissier. Il dirige un garçon maigrichon, au visage pâle. Nous l'avons vu s'entraîner. Imaginez-vous qu'il pédale la pointe du pied vers le bas! Et ce Pélissier croit qu'il peut gagner. Ken Joy va l'écraser! |
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