LA COURSE DE LA PAIX

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C'est grâce au voyage en moto à travers la France d'un juge tchèque, qui assista vers 1930 à une fin d'étape du Tour de France, qu'un groupe enthousiaste de l'Europe de l'Est disposa de toutes les informa tions nécessaires pour organiser la première course à étapes du monde destinée à des cyclistes amateurs. Lunique précédent du genre avait été une course en Allemagne, disputée à raison d'une étape chaque dimanche sur plusieurs semaines. Comme cela avait été le cas en France et en Italie pour le Tour et le Giro, les organisateurs de cette course étaient différents journaux: le Neues Deutschland (RDA), le Trybuna Ludu (Pologne) et le Rudé Pravo (Tchécoslovaquie), même s'ils ne se mirent à promouvoir véritablement l'épreuve qu'à partir de 1952. Jusque-là, c'est le gouvernement tchèque qui prenait en charge la majorité des frais et qui résolvait les nombreux problèmes qui accompagnaient toute nouvelle initiative, car la guerre venait de se terminer et il manquait de tout.,»!1 n'y avait ni sucre ni bè'urre pour les coureurs en Tchécoslovaquie, et la route de KatoNice, en Pologne, était si détruite après le passage des chars de combat que les cyclistes pouvaient à peine yrouler. Il manquait aussi la base: des bicyclettes pour les cyclistes. Le gouvernement tchèque dut payer la somme, alors exorbitante, de 45 000 francs suisses pour permettre à chaque cycliste d'avoir sa bicyclette. La pénurie était telle que l'un des vainqueurs oublia de rendre sa machine aux organisateurs, lesquels, en représailles, repoussèrent le paiement de ses prix pendant des années, jusqu'à ce que le coureur eût rendu sa bicyclette. La course naquit sur l'idée de.« forger l'amitié et la collaboration entre les nations, la consolidation de la solidarité internationale des sportifs et la popularisation du cyclisme ", comme l'indiquait le règlement de l'épreuve. En pleine guerre froide, organiser une telle course n'était pas chose simple, surtout si nous prenons en compte son insolite parcours, qui revenait à courir deux courses en une. La raison en est qu'au début deux parcours avaient été tracés, Varsovie-Prague et Prague-Varsovie, avec la participation d'équipes indépendantes de Pologne, de Roumanie, de Hongrie, d'Albanie, de Bulgarie et de Tchécoslovaquie. La première course, Varsovie-Prague, ayant lieu du 1 sr au 5 mai, en cinq étapes, vit le triomphe du Yougoslave August Prosenik ; sur le Prague-Varsovie s'imposa le Tchèque Alexander Zoric. Il faut souligner le fait que l'organisation des deux épreuves fut parfaite, au point que, leur course terminée, les participants de la première purent prendre le train jusqu'à la banlieue de Varsovie, où ils assistèrent comme spectateurs à l'arrivée de la course en sens inverse. En 1949, finalement, ne fut célébrée qu'une seule course. Celle-ci comportait un'parcours de 1 259 kilomètres, divisé en huit étapes. De plus, les Polonais eurent la bonne idée d'inviter un groupe de leurs compatriotes résidant en France, qui formèrent deux équipes sélectionnées par la FSGT (Fédération Sportive et Gymnastique du Travail). Ainsi se présentèrent deux équipes de six coureurs, parmi lesquels se distingua Maurice Herbulot. qui finit deuxième du classement général, tandis que la seconde équipe de France s'adjugeait le classement par équipes devant la Pologne et la Tchécoslovaquie. Le départ de cette édition fut donné à Prague le 1 er mai, fête du Travail. La presse européenne mentionnait à peine l'événement et, en France, seul l'organe de presse communiste, L'Humanité, publiait quelques nouvel les de la course. La prefuière étape, Prague-Pardubice, fut remportée par un cycliste aux qualités exceptionnelles, Jan Vesel, vainqueur au sprint devant ses infortunés compagnons d'échappée Jifii Holubec, Eugène Garnier, Maurice Herbulot, Elie Bathje et George Benedetto. Le jour suivant, et après un départ qui dut presque être repoussé en raison de la foule d'amateurs et de curieux qui se pressait, Vesel s'échappa accompagné de Garnier. Les deux cyclistes s'affrontèrent au sprint à l'arrivée à Brno, où ce fut à nouveau le Tchèque qui l'emporta, s'imposant d'une roue devant son compagnon d'aventure. Le 3 mai, entre Brno et Gottvvaldov, Vesel et Garnier se surveillèrent tant, ils se marquèrent de si près, que la victoire leur échappa et revint au Polonais Marian Rzeznicki, s'imposant devant Riegert et Vaverka. À Ostravva, ville frontière entre la Tchécoslovaquie et la Pologne, les cyclistes occidentaux commencèrent à payer cher les efforts effectués jusque-là. Ant6n Tarrega, Raymond Bordel et Henri Bè'aumont abandonnèrent, tandis que Benedetto et Riegert perdaient énormément de temps au classement général. Ce jour-là, Vesel remporta sa troisième victoire d'étape. Après une journée de repos, le 6 mai, le peloton quitta Ostravva en direction de Katovvice. À cette étape, la victoire fut pour le Français Riegert, qui gagna le sprint qu'il engagea avec Herbulot et le Polonais Czyz, sans que cela influât sur le classement général, sur lequel régnait toujours en maître Vesel. Celui-ci, inaccessible, remporta deux autres victoires à Wroclavv et 6dz. Finalement, l'épreuve se terminait par une étape de 185 kilomètres, arrivant à Varsovie. Dans la capitale polonaise, Lucjan Pietraszevvski prit la tête devant Hanus et Salyga, tandis que Vesel était sacré vainqueur de la première édition de la Course de la Paix, avec ce fameux maillot portant la mythique colombe blanche. '1 était suivi des Français Herbulot, Riegert, Garnier et Bathie. Dès lors, Jan Vesel - né le 16 juin 1923 à Plestovice - devint le nouveau symbole du cyclisme tchèque, statut qu'il ne trahit pas en arrivant encorè second à la Course de la Paix en 1952 et 1956, cumulant un total de 16 victoires d'étape à cette épreuve. Malheureusement, son abandon à l'édition de 1957, ajouté à des douleurs de dos persistantes, firent que le's autorités communistes l'empêchèrent de participer à d'autres courses; il fut même taxé de traître de la nation. Son honneur fut rétabli en 1968, lors du Printemps de Prague. Vesel mourut le 10 février 2003 dans cette ville. 




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