LA COURSE LA PLUS DIFFICILE DE L'HISTOIRE

Show dans le velodrome - Traversee de l'Arabie Saoudite - La course la plus difficile de l'Histoire

Le 11 novembre 1918 prit fin la Première Guerre mondiale. Dans les ports, les b.ateaux firent sonner leurs sirènes, tandis que les cloches répliquaient dans les clochers des églises et qu'au front on apprenait avec fracas aux soldats que la boucherie allait cesser. Plus de 12 millions de morts et des pertes matérielles que les historiens estiment supérieures à 186 000 millions de dollars figurèrent au sinistre bilan de ce conflit. Une grande partie de l'Europe était détruite, et les voies ferrées, les routes, les champs et les villes n'étaient que ruines. La faim, la pourriture et la destruction apportèrent avec elles des ma­ladies contagieuses comme la grippe espagnole, qui fut la cause, en 1919. de 20 millions de victimes. Dans une atmosphère qui sentait toujours la guerre se tint une course par étapes dont le nom reflétait la cruelle réalité. Le Circuit des champs de bataille, tel était son nom, eut lieu du 28 avril au 11 mai 1919. Son père, l'homme qui eut l'idée d'organiser une telle course, n'était autre que Marcel Allain, l'un des inventeurs du person­nage de Fantômas, « le prince du crime ». Les frais d'organisation de cette course de 2 000 kilomètres étaient en partie couverts par Le Petit Jour­nal. Les étapes fur nt. Strasbourg­Luxembourg (275' ki lomètres), Luxembourg-Bruxelles (275 kilomè­tres), Bruxelles-Amiens (328 kilomè­tres), Amiens-Paris (277 kilomètres), Paris Bar-le-Duc (333 kflomètres), Bar­le-Due-Belfort (313 kilomètres), et pour finir Belfort-Strasbourg (163 ki­lomètres). Sous le mauvais temps et devant une foule consi­dérable qui se pressait au départ se mit à rouler le pe­loton des 82 coureurs, prenant le départ pour la première étape. Les journaux de l'époque parlent du froid, de la pluie et de la grêle, des facteurs qui n'em­pêchèrent pas les tentatives d'échappée de se multi­plier, comme celle qui offrit la victoire au Suisse Egg. C'est sous un temps meilleur que fut donné le dé­part de la deuxième étape, pour un parcours aussi beau que difficile, ce qui fit écrire au correspondant de L.:Auto que c'était « presque comme la montagne (...j. Là, une descente en fer à cheval nous conduit à un petit village charmant, propre, animé, niché dans un écrin de verdure... Ici. une montée dure, fatigante... ». Comme il fallait s'y attendre, il y eut de nombreuses attaques sur un terrain comme celui-là, soldées par la victoire en solitaire d'Aloïs Dejonghe, qui,mit ni plus ni moins de 12 heures et 15 minutes à couvrir le parcours, tandis que le dernier de l'étape, Ellner, arriva 4 heures et 25 minutesplus tard. La troisième étape, Bruxelles-Amiens, fut la pire de toutes. Il y eut de la pluie, du vent de face et de la boue, beaucoup de boue. Pire encore, le chemin (car personne n'osa l'appeler route) passait par une zone totalement dévastée par la guerre, avec de grands trous ouverts par les obus et de profonds creusements du terrain qui a ant étaient des tran­chées... Parlant de cette journée, quelqu'un a écrit dans L.:Auto: « Jamais, depuis qu'existe le cyclisme, n'a été imposée aux coureurs une tâche aussi dure ». Le départ de cette étape surnaturelle fut donné à 4 heures 30 du matin. À l'arrivée, les spectateurs attendaient les premiers cyclistes à 14 heures. À 22 heures, personne n'était encore arrivé... Lisons ce que disait le journal L'Auto: « Il était près de 23 heures. Du fond de la nuit surgit, soudain, dans le scintillement des lumière du Café de l'Est (...) un innommable paquet de boue, transi de froid, qui geint, qui pleure, qui se lamente et clame en peu de mots les souffrances qu'il vient de passer. C'est De­ruyter, aussi méconnaissable que fatigué ». Le Belge Charles peruy1:er, héros d'une formidable échappée en solitaire, fut sur le point d'abandonner à Bapaume. Par chance, des soldats lui don­nèrent du courage et l'alimentèrent jusqu'à ce qu'il eût récupéré et qu'il pût repartir. Deruyter remporta l'étape épique en parcourant les 328 kilo­mètres en 18 heures et 28 minutes, à une moyenne de 18,222 km/ho Le second du classement, Duboc, arriva une heure plus tard, tandis que le der­nier, Louis Ellner, à nouveau, mit pour sa part 36 heures et 26 minutes, ce qui représentait une moyenne inférieure à 9 km/h La victoire sur l'étape Amiens-Paris, le dimanche 4 mai, revint aussi à Deruyter, qui s'échappa dans le Cœur-Volant pour passer l'arrivée avec 4 minutes et 18 secondes d'avance sur Duboc. À ce niveau de la course, tout était question de résistance et de patience dans la douleur. Sur le chemin de Bar-le-Duc, le jeune Huret s'endormit sur sa bicyclette, et tomba par terre. Le leader, Deruyter, fut mis dans l'embar­ras à cause d'une crevaison inopportune qui lui fit perdre 8 minutes. C'est Jean Alavoine qui remporta l'étape au sprint devant Hector Heusghem. Dans l'étape de Bar-le-Duc, il fallait se heurter à la si difficile montée du Ballon d'Alsace: Deruyter attaqua, pour décrocher la victoire, mais il dut finalement le céder au rude et coriace Heusghem, qui gagna l'étape avec un avantage de plus de 19 minutes. Vinrent ensuite quelques jours de repos, dont les coureurs qui avaient tenu jusque-là profitèrent pour reprendre des forces. Dans la dernière étape, sur la route de Strasbourg, le peloton resta tranquille, paressant au soleil, mais Deruyter voulait, lui, couronner son triomphe d'une nouvelle victoire d'étape, et il s'échappa en compagnie de Kippert, qu'il battit au sprint. Au classement général de fin de course, Charles Deruyter, l'homme de Tourcoing, fut le grand vainqueur: il avait couvert les 1 964 kilomètres du parcourt en 89 heures, 56 minutes et 47 secondes, à une moyenne de 21,834 kilomètres par heure.Anseeuw fut deuxième, de 2 heures et 22 minutes, et Vanlerberghe troi­sième, de 2 heures et 52 minutes. Quant au dix-neuvième et dernier, Émile Pain, signalons qu'il accumula un re­tard de deux jours et 23 minutes! Ainsi se termina une épreuve qui n'allait pas se répéter, une course par étapes qui fut considérée unanimement comme la plus difficile de tous les temps, aussi bien en raison du climat particulière­ment rude sous lequel elle se déroula, que par l'état des routes, totalement dévastées par quatre ans de guerre, sur lesquelles roulèrent les cyclistes. Le Circuit des champs de bataille reste, sans aucun doute, l'exemple le plus représentatif de ce que l'on a appelé le « cyclisme des temps héroïques ».




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