LES MEILLEURS DERAILLEURS DES ANNEES 50

Une Evolution Fondamentale - Les meilleurs derailleurs des annees 50 - Spirax, le derailleur oublie - Du nouveau sur le derailleur - Derailleur a baguette

Si incroyable que cela puisse paraître, aujourd'hui encore il est impossible de faire une énumération complète des différents changements de vitesse utilisés au cours de l'histoire encore jeune du cyclisme. Ils furent en effet très nombreux, car, si beaucoup étaient fabriques presque en série par diverses firmes, d'autres étaient des fabrications artisanales, réalisées sur la cornrnande d'un cycliste puis présentées - parfois - en France lors d'une réunion annuelle d'inventeurs, le Concours Lépine. La, quelques créations réellement intéressantes viren le jour, mais la plupart se révélaient néanmoins completement extravagantes et inutiles. Il est curieux de constater que les dérailleurs les plus ancens dont on ait connu l'existence fonctionnaient vraiment bien si arespectait leurs limites. Les dérailleurs qui agissaient selon un système de rétropédalage, et dont la fabrication était essentiellement italienne, étaient eux aussi mécaniquement fiables. meme s'il ne furent pas bien acceptés par le peloton, qui leur reprochait d'etre à l'origine de nombreuses chutes. En 1952 apparurent quelques unités de Vittoria Margherita et de Paris-Roubaix, tous fabriqués par Campagnolo. Ils comportaient un petit guide-chaîne situé sous le hauban droit. Selon les études de mécanique cycliste, le Paris-Roubaix était le meilleur de tous les dérailleurs fabriqués dans les années cinquante. Baptisé ainsi en l'honneur de la mythique course classique sur pavés - Que Fausto Coppi remporta en 1950 et pendant laque; e se servit de ce dérailleur novateur - celui-ci comportait une unique manette de Comande située le long du hauban droit, Cette manette toumait à 45 degrés et pouvait ainsi réaliser simultanément trois fonctions différentes: bloquer et débloquer la roue arrière" faire en sorte que le guide-chaîne soit solidaire ou libre par rapport à la tige de la manette, et, à l'aide d'un « clic» particulier, donner à chacun des braquets la même tension de chaîne. De plus, un galet placé dans la pan:ie œsse de la manette permettait de graduer l'ampleur de cette tension. Robuste, élégant et sans frottements indésirables, le Paris-Roubaix n'avait qu'un seul inconvénient : son prix était assez élevé, notamment parce que le dérailleur se vendait avec la crémaillère arrière du cadre et un disque métallique qui protégeait les rayons et la frette d'un évertue! saut de chaîne. Inutile de préciser qu'un dérailleur aussi exceptionnel. necessitait un cadre qui ne l'était pas moins; de même, les roues de rechange devaient être équipées du même dérailleur, lequel était solidaire de la roue et non du cadre. En 1951, Antonio Bevilacq'ua gagna lui aussi la course, comme auparavant Fausto Coppi, mais cette fois le coureur avait équipé sa Benotto d'un double plateau commandé par un changement de vitesse Souhart, placé sur le guidon.Ce furent cependant les victoires d'Hugo Koblet sur le Giro de 1950 puis de Louison Bobet sur le Milan-San Remo de 195'1 qui achevèrent de parfaire la réputation de ce dérailleur, qu'employèrent également- André Brulé et ..Jean Robic. Toutefois, son prix élevé, comme le f'âit qu'il fonctionnait par rétropédalage, furent des barrières insurmontables pour la diffusion massive de cet accessoire, qui présentait encore une difficulté: ses pignons à cinq couronnes étaient eux aussi spéciaux, car les dents étaient en pointes et taillées de façon particulière. Pour réSoudre tous ces problèmes, Tullio Campagnolo lança en 1951 son modèle "Gran Sport", réalisé totalement en acier, et dont derivent presque tous les derailleur actuels. De fait, le "Gran Sport" ne faisait rien d'autre qu'améliorer le vieux système du parallélogramme déformable, que d'autres dérailleurs avaient déjà utilisé auparavant, comme c'était le cas sur le rustique et lourd Super Jic français de 1946, qu'il allégea et dont il perfectionna la finition. Hugo Koblet utilisa le "Gran Sport" sur le Giro de 1951, qu'il remporta égaIement. Des années plus tard, ce modèle fut entièrement réalisé en duralumin (Nuovo Record) puis, plus tard, en titane (Super Record). Outre le Campagnolo, on utilisa, avec succès, de nombreux autres dérailleurs dans la haute compétition des années cinquante. Lun d'entre eux fut le dernier modèle fabriqué par Vittoria, le « Giro di Francia ».Cette marque fut créée dans les années trente par les frères Amadeo et Tommasso Nieddu, de Turin; son premier dérailleur, nous l'avons dit, était le Vittoria Margherita. Sa publicité grandiloquente parlait de « l'Italie impériale, avant-garde du monde », et assurait, de façon mensongèr?, qu'il avait remporté « tous les championnats et les grandes courses du monde ». Ce dérailleur comportait un long levier rigide, et un tendeur de chaîne placéderrière la cage du pédalier et guidé vers le cadre par deux barres courbées munies de dents de scie. La maison Vittoria. fabriquait ses pignons avec des dents taillées vers l'arrière, sur trois ou quatre couronnes, pour faciliter le rétropédalage. Soulignons égaIement que, dès les années quarante, la société Vittoria fabriquait des modè.les en duralumin qui ne pesaient que 100 grammes, coussinets inclus, ce qui suppose un prodige de légèreté, même de nos jours. Le palmarès du Vittoria Margherita fut vraiment impressionnant (plusieurs Tours, Giros, Milan-San Remo, etc.), si bien qu'en 1939, pour fêter la victoire de Bartali sur la Grande Boucle de l'année précédente, il fut décliné en dérailleur "Giro di Francia", avec des dents de scie prolongées pour pouvoir admettre cinq couronnes. Son fonctionnement se révéla si bon que les lecteurs du Miroir des Sports, etonnes par la superiotite de Gino Bartali dans les courses, protesterent contre le fait que l'on autorisat les Italiens a se servir de ce derailleur dans les competitions. Celui ci presentait de grandes qualites : il etait resistant et bon marché, il fonctionnait bien, meme dans la boue, il offrait la possibilite de regler la tension de la chaine et de passer sur les paves et sur les trottoirs sans rompre la barre du tendeur ( ce qui arrivait souvent avec le Super Champion ), il facilitait le changemen de la roue arriere, etc. En revanche, au moment de changer de vitesse, il fallait retropedaler et faire preuve d'une certaine habilite avec les doigts pour manier le guide chaine.

Egalement présent à cette époque, le Simplex était un dérailleur de prestige né en 1924 et conçu par Lucien Juy. Doté d'un seul galet, ce dérailleur était très léger et s'abîmait très facilement lors des chutes; de plus, il ne permettait pas de grandes différences de dents sur les couronnes. Antonin Magne remporta avec lui (dans le modèle Sélection Standard) un maillot arc-en-ciel en 1936 ; c'est pourquoi, à partir de là, on dit de ce dérailleur qu'il était « de type champion du monde ». Il en apparut une copie - pirate - exacte en Italie. Néanmoins, les fréquents sauts de chaîne conduisirent à l'inévitable mécanisme du double enroulement, qui s'inspirait de modèles comme celui nommé Le Cyclo, dont se servaient les cyclotouristes. Cette avancée technique se révélait indispensable avec l'arrivée en compétition du double plateau. Celuici fit son apparition en 1947, avec les modestes options des 46-49 et 4750. Dans un premier temps, les deux galets de ces changements de vitesse travaillaient poussés par un système « télescopique », dit aussi « en accordéon », mais ce mécanisme était peu rigidè et présentait un déplacement latéral limité, raison pour laquelle il lui était impossible de travailler avec des pignons de 5 ou 6 couronnes. Le Simplex adopta alors le système du parallélogramme déformable, dans le style du "Campagnolo Gran Sport", qui fut fabriqué d'abord en métal, puis en plastique Delrin. Ce système, fondé sur le travail de deux galets transportant la chaîne, est universellement utilisé de nos jours, même s'il présente le clair inconvénient de conduire à une grande friction et à l'usure de la chaîne. Un autre des grands dérailleurs de l'époque était le Super Champion, le premier à être admis sur le Tour, en 1937, avec le Vittoria Margherita. Dès son apparition sur le marché, sous l'impulsion de son fabricant, le grand champion suisse Oscar Egg, et jusqu'en 1946, le Super Champion réussit à compter parmi les dérailleurs les plus utilisés par les grandes étoiles du cyclisme. Sa popularité fut telle que ses rivaux de Simplex en vinrent à en lancer une copie à l'identique. Le Championnat du Monde de 1946, que remporta Hans Knecht, fut la dernière grande victoire des Super Champion, qui ensuite perdirent de leur renommée dans les années cinquante, car ils se montrèrent incapables d'évoluer, comme le faisaient leurs rivaux. Malgré son bon fonctionnement, en effet, le Super Champion présentait quelques inconvénients, comme le fait que le tendeur de chaîne placé sous le plateau se trouvait dans une position trop exposée: si l'on descendait d'un rebord ou que l'on heurtait une pierre, le galet frappait contre l'obstacle et le tendeur se tordait. Un autre de ses points faibles était la fragilité du guide-chaîne placé sur le hauban droit. Pour résoudre ce problème, on fabriqua un modèle en duralumin avec rétention de chaîne, ce qui arrangea un peu les choses. Après avoir abandonné la firme Vittoria, Tommasso .Niedu produisit en 1946 un nouveau déraiJleur dénommé Cervino, qu'il fabriqua en association avec Gino Bartali, Virginio Colombo (alors soigneur de Fausto Coppi) et les frères Santamaria, fabricants des bicyclettes Fiorelli. En réalité, ce dérailleur n'était autre qu'un Super Champion, réalisé un peu plus luxueusement et bénéficiant de modifications subtiles. Ainsi, la fourche qui servait au déplacement de la chaîne était pliable. Le tendeur de chaîne, très ingénieux, se servait d'un système de distension de celle-ci, qui garantissait un degré de tension identique quel que soit le braquet. La manette de commande actionnait une pouli entourée d'un câble qui se trouvait toujours sous la tension d'un ressort cylindrique. Le cycliste italien Alfio Ferrari fut champion du monde sur route amateur en 1947 en utilisant le Cervino, et Gino Bartali s'en servit sur le Tour de France de 1949, dans lequel il arriva deuxieme. Toutefois le Cervino était cher. de maniement compliqué et délicat, et il ne put donc supporter la concurrence des autres marques, pas plus qu'il ne profita de la prodigieuse carrière sportive de Gino Bartali ; il finit ainsi par disparaître du marché vers 1952. Comme nous pouvons le constater. presque tous les grands dérailleurs avaient une origine italienne; ce ne fut pas le cas du dérailleur Huret. Le modèle Critérium fut le premier de cette marque à sortir et Fermo Camellini fut l'un de ses premiers usagers et bénéficiaires. Avec sa mécanique solide et robuste. résistant aux chocs, ce dérailleur comportait un unique galet actionné par unce forte corde de piano. Avec le temps, il évolua vers le Huret Tour de France qui était actionné par un système télescopique et deux galets. Ce modele ressemblait assez au Simplex, tres à la mode dans les annees cinquante. Ce fut Louison Bobet qui donna sa celebrite a ce modele : il gagna avec lui les Tours de France de 1953, 1954 et 1955, et Huret lui dedia un modele baptise de son nom. Ce derailleur se revela assez lourd, et il fut rapidement distance par d'autres en raison de son systeme en accordeon. Dès lors, la société française devait survivre sans rencontrer de nouveaux grands succès, jusqu'àson lancement, dans les années soixante-dix, du modèle Jubilée, dont le système de parallélogramme défbrmable et la grande légèreté lui permirent de connaître une excellente diffusion.




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